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- Le NetMagazine des jeux video de stratégie 

Résultats du Concours de rédaction 2004

Créé le : 24/12/2004
Edition du : 25/12/2004
Auteur : Scherlock

Résultats du Concours de rédaction de billets d'humeur sur le thème des jeux de stratégie - édition 2004

Merci aux nombreux participants à notre concours : les contributions ont été synonyme de qualité et de quantité pour cette édition 2004. Le gagnant est Cyrille MAILHE avec son excellent texte "La guerre". Le jury a notamment apprécié la verve et l’humour qui caractérise cette oeuvre. Nous avons également souhaités vous faire découvrir les textes des autres finalistes qui se sont brillament distingués lors des débats houleux qu'à vécu le jury pour départager les meilleurs billets d'hummeurs. Merci à tous !


Contribution de Cyrille MAILHE

La guerre

Corne de Dieu ! J’avais réussi : j’avançais triomphant au sein du camp ennemi en réduisant le bâti en poussière et en réprimant toute velléité fantassine. J’étais le phoenix des hôtes de cette map ! Et j’étais là, à bader mon écran, les yeux autant rougis de bonheur que de rémanence, quand je sentis dans mon dos le regard de l’Inquisition : un œil noir me toisait !
Ma chère et tendre trônait en son salon et semblait se défaire très ouvertement de mes enjeux vidéoludiques. Le verdict ne tarda d’ailleurs pas à tomber : « Toujours à faire ta guéguerre sur ton Nordinateur… Quand tu auras fini, il y a des choses plus utiles à faire ». La sentence énoncée, elle pouvait, satisfaite, retourner excommunier le linge sale.
J’étais mortifié : personne pour convenir de mon éclatante victoire et le mépris du civil pacifiste pour toute considération. Certes, je n’avais sauvé que quelques carrés de pixels mais j’avais gagné la guerre. Mais… est-ce que j’aime la guerre ?
De toute évidence, aucune personne sensée n’irait le claironner sur le parvis. Certains en font leur commerce mais ce sont toujours « les hommes de l’ombre ». Et l’histoire de l’humanité n’a retenu les conflits que pour mieux les éviter. Il n’a jamais été question d’en faire l’apologie.
Alors quel était ce besoin d’aller se frotter à des tiers par ordinateur interposé… ?
Mon grand-père me disait - à l’instar de tous les vieux réacs, d’ailleurs – qu’en son temps, il jouait dehors avec un bâton toute la journée ; c’est une veille rengaine des générations moins dorées que les nôtres. Oui mais qu’est-ce qu’il faisait avec son bâton, hmm ? Eh bien je vais vous le dire : il le prenait à deux mains et en pétaradant entre ses dents, il arrosait les fritz de l’école communale du patelin voisin qui occupaient indûment la butte de l’église du village. Voilà ce qu’il faisait : la guerre.
Les gamins d’hier avaient leurs moyens, ceux de nos jours en ont d’autres. Mais au théâtre de l’expression, rien n’a changé. Il est toujours et encore question de battre le camp d’en face.
J’en déduis qu’en cette matière, il n’y a pas de génération spontanée. Au contraire, celles-ci défilent et l’instinct reste intact : viscéralement, l’homme est programmé pour faire la guerre, quel que soit le domaine de celle-ci. Il se civilise surtout en joutant désormais bien plus sur le terrain économique.
Alors oui, ma chérie, je fais la guerre : j’ai perdu la bataille de la plomberie de la cuisine et le chat m’a dominé pour la course au bain. Et comme je n’aime pas l’échec, j’ai décidé que j’allais passer mes nerfs déjà fragilisés sur une machine plus docile avec laquelle j’aurais le dernier mot. Eh oui, c’est aussi ça le secret des grands stratèges : se relancer par le gain d’un petit conflit qui remontera le moral des troupes en vue d’une plus grande explication.
Mais voilà l’Inquisition qui revient : « On va chez maman. Je te préviens, tu éteins tout de suite ! ». Je pousse un soupir. Je presse l’interrupteur idoine. Les troupes vont se coucher tôt ce soir : c’est un nouveau revers sur le front… finalement, des fois, ça me saoule, la guerre !

 

Contribution de Guillaume JeCplu


Billet d’humeur : « les jeux de stratégie ».

Où l’on démontrera l’évidente supériorité des jeux de stratégie en matière d’intérêt par rapport aux autres genres existants.

 

Si vous me lisez à cet instant c’est que nous avons une passion ou tout du moins un hobby en commun : «  les jeux de stratégies ». Membres de la vieille école ou néophytes nous pouvons nous entendre, les même choses nous excitent, la même culture, le même langage et nombre de références nous sont familières.

Ainsi les jeux de stratégies en ligne ou pas, ne seraient qu’une grande secte ? Oui mais une de ces sectes qui tournent bien. Une secte de joueurs qui peuvent se considérer comme étant beaucoup plus raffinés que ces vulgaires tueurs d’aliens et autres anti-terroristes.
Mais de quel droit pouvons nous considérer un simple loisir comme un art ? Tout simplement parce que le jeu de stratégie c’est l’essence de l’existence, la vie est un jeu de stratégie avec ses codes, ses tactiques.

Qui dans un instant de folie n’a jamais essayé de « rusher » une jolie fille, qui n’a pas crut préférable de battre en retraite face à une force supérieure, qui ne s’est jamais allié avec un partenaire pour triompher de cette force supérieure, qui n’a jamais préféré économiser pour revenir plus fort ensuite ?

Les jeux de stratégies font partie de notre vie et celle ci en est un elle-même, c’est comme ces tableaux faisant partie d’une toile, ces scénarii dans le film: la boucle est bouclée.

Partant de ce constat, amiable ou non, il devient aisé de mettre à jour l’évidente supériorité des jeux de stratégies, par rapport à d’autres genres. Connaissez-vous beaucoup de gens autres que fous ou stupides qui passent leur vie à taper, dribbler, atomiser leur prochain ? Vous en connaissez sûrement, mais de là à les apprécier, il y a un pas que je ne franchirais pas.

Ce qui sauve les jeux de stratégies, c’est leur variété. Que quelqu’un me trouve plus de dix différences réelles entre FIFA et PES, même ces noms sonnent froids, qu’un autre m’en trouve dix autres entre X ou Y mods de Counter Strike. Par contre il est évident que la limite de caractère ne me permet pas ici d’égrener les différences entre deux membres de la grande famille de la stratégie.

Les jeux de stratégie, c’est aussi un contexte qu’il soit historique, fantastique ou littéraire. Mais vraiment, que de mots flatteurs il est simple d’associer à ce genre, encore une fois pour qualifier ce genre de genre-roi, il n’y a de nouveau qu’un seul pas.
Il va s’en dire que je m’empresse de le franchir, qui m’aime me suive !

PS : Il m’apparaît comme une évidence que ce jugement est totalement subjectif et parodique. L’amour des jeux de stratégies peut évidemment se faire dans le respect des autres genres existant. Néanmoins partager son temps entre les jeux de stratégie et la simulation sportive, relève de l’adultère !

 

 

Contribution de David Pop


Ah, douce paix de l’âge archaïque ! À l’époque, il y avait peu de ressources dans leurs stocks. Aucun changement d’âge n’était possible : les unités centrales rampaient, des écrans monochromes grésillaient encore sur l’acné de nos frères claviers. À peine un éclaireur et quelques techniciens pour invoquer d’autres temps. Or donc Popoulous rassemblait déjà quelques ados.
Le malheur s’annonça quand, après maints efforts, l’or et le blé furent amassés pour acheter l’âge classique. En ces temps-là, le peuple des PC croissait et se multipliait. Dans la banque, les ressources s’accumulaient, et les hommes achetaient de nouvelles technologies. Les ados avaient à peine le temps de s’émerveiller sur Civilisation que Ages of Empires sortait. Quand cette race de jeux apparut, je devinai que les pires tortures arrivaient pour mes sœurs et moi. Des mains humaines nous sortaient voracement des emballages à bulle où nous hibernions et, sans préliminaires, nous livraient à leur libido. Ah mes sœurs, combien d’années d’esclavage n’avons-nous pas subies ? Ces poignes brutales et moites, cette averse de coups sur nos mamelons et, la pire humiliation : ces mauvais perdants de quinze ans qui nous balançaient ou nous écrasaient comme si nous fussions responsables de leur nullité !
Toutefois, cette symbiose apportait quelques lueurs dans notre asservissement : nos maîtres avaient tant et tant amassé qu’en monnayant le passage vers un âge nouveau, apparurent des écrans plus agrestes et des souris plus vives. Nous étions leurs esclaves, oui, mais leurs esclaves chéries. A présent, ils nous paraient de robes d’argent ou d’ébène, ils nous libéraient de cette longue queue qui nous enchaînait au centre de commandement, et ils nous greffaient des organes puissants. Et ils nous faisaient partager leur gloire en ces temps de lumière : nous étions les colts de ces nouveaux cow-boys lors de leurs duels planétaires. Les jurys nous caressaient d’un regard amical avant de nous rendre au courroux de nos tyrans. Et nous hésitions entre un sourire désolé et une franche rigolade devant nos aïeules chétives : leur petite carcasse blanche, leur lenteur, leur imprécision, leur laideur, toute cette comédie pathétique de la vieillesse. Ces gâteuses n’avaient plus leur chance en ces temps de Warcraft 3 ou Dawn of War. Ah si nous avions su, nous aurions béni ces ancêtres des temps heureux !
Aujourd’hui tout se précipite. Laboratoires et armureries tournent à plein régime. D’un œil chargé de haine, nous regardons les combinaisons cybernétiques de nos jeunes maîtres extasiés : ils vivront désormais en chair et en diodes leurs batailles sanguinaires, ils approcheront en personne leurs soldats, leurs fermiers et leurs créatures démoniaques. Ironie cruelle : la fin de notre esclavage sera aussi la fin de notre espèce ! Notre seule consolation est de voir nos maîtres se ruer aussi vers leur propre fin : ils jettent leurs forces dans une guerre chimérique et oublient l’agonie de leur vrai monde.

 


Contribution de Dumbledore


PAX AMERICANA

Quelle violence s’exerce et se déchaîne sur nos écrans ! Que de combats, de luttes et d’affrontements puissants se déroulent sans trêve aucune ! Il est effectivement saisissant de voir, qu’une quinzaine d’année après la naissance des jeux vidéos, la plupart d’entre eux ne proposent qu’un seul thème : Celui de la destruction de l’autre, par tous les moyens possibles et imaginables, justifiée par une finalité  dualiste opposant, en permanence, le yin et le yang. Et quelle ingéniosité déployons-nous pour organiser ces batailles fratricides et interminables ! Avec quelle perspicacité agissons-nous pour élaborer les plus infimes détails des combinaisons qui nous permettront de remporter la victoire ! C’est derrière le bel étendard des « jeux de stratégies » que nous trouverons les joueurs doués pour leur esprit de synthèse, paradoxalement analytique ainsi que d’un sens certain de l’adaptation face à une adversité toujours créative. Mais ces réflexions, si elles appartiennent à un genre bien particulier, n’en sont pas moins tournées comme pratiquement toutes les autres vers la recherche effrénée de la compétition, de la puissance par le feu, de l’anéantissement de l’autre, froide et optimisée via les raccourcis clavier… Rien ne doit rester, comme aux temps où les Mongols parcouraient les terres chinoises en semant la terreur.
Alors, faut-il croire les thèses de ceux qui ne perçoivent de ces mondes « barbares » qu’une incitation à la violence ? Pas si sûr. Dans notre époque, elle-même particulièrement intense, réellement plus hostile, l’immersion totale à l’intérieur de ces mondes virtuels peut appeler, au contraire, un apaisement de soi. Car, après tout, cette quête de puissance est aussi une quête du plaisir. Une forme d’hédonisme qui pourrait trouver tout son sens non par l’observation des jeux en eux-mêmes ou leurs objectifs, mais par référence à une société qui assène aussi ses coups sans répit. Nous plonger dans ses terres en apparence chaotiques servirait donc d’exutoire à une réalité souvent complexe, parfois adverse.
Par effet de miroir, ces heures de jeu offriraient curieusement des opportunités d’alliances provisoires mais bien réelles contre une agressivité factice et de toute façon temporaire. Donc un moyen de décompresser, de se détendre, en bonne intelligence cette fois . Ce serait une sorte de sommeil réparateur, « l’innocent sommeil, le sommeil qui débrouille les fils noués du souci, qui fait mourir la vie de chaque journée mais baigne le dur labeur, et se fait le baume des blessures de l’âme », dixit MacBeth.
Cet univers à part, où des héros naissent et font rêver par leur habilité surnaturelle comme pour avoir su tirer la quintessence de tactiques passionnément élaborées  tels les push skirms et autres fast castles, jouerait donc aussi le rôle de soupape. Tout cela, au final, pour la paix de l’esprit. Par l’action et la force. Une paix, à l’américaine.

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