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De la Fantasy et des STR

Par PMH - Edition du : Saturday 08 July 2006 - Créé le : Monday 12 September 2005

De la fantasy¹ et des STR

 

Le phénomène est tellement remarquable que c’en est édifiant : pas un jour ne se passe sans qu’une news ne concerne un STR se situant dans un univers fantastique². Toutes les formes de STR y sont passées, de SpellForce, au fort arrière goût de RPG (jeu de rôle) à Armies of Exigo, retour aux sources des jeux de stratégie. Et au milieu de cela, Warcraft III, mais nous y reviendrons.

Les grands studios autant que les petits ont bien flairé le filon. Que ce soit Big Huge Games avec Rise of Legends, GSC Game World avec Heroes of Annihilated Empires ou encore Fireglow avec Stranger, les ténors du genre ont décidé de se frotter à la fantasy. Même Ensemble Studios y est allé faire un tour avec un Age of Mythology fricotant avec les attributs du genre. Seul Stainless Steel Studios reste à ses premiers amours : le STR historique. Certains en profitent aussi pour ressortir les vieilles licences comme Heroes of Might and Magic (qui n’est pas un STR, d’ailleurs, mais il a tenu à participer à la rédaction de cet article) ou Dungeons and Dragons.

   

Mais alors, d’où vient ce phénomène, qui semble dominer le marché actuel du jeu de stratégie temps réel ?

Il serait un peu osé de remonter à Warcraft II ou aux débuts de Heroes of Might and Magic car, bien qu’ayant eu leurs adeptes, ils n’ont pas déclenché de modes ni n’ont démocratisé le genre. La popularisation de la fantasy est assez récente, disons qu’elle remonte à quatre ou cinq ans. Trois faits sont sûrement les déclencheurs de tout ceci.

Tout d’abord, la médiatisation du Seigneur des Anneaux, par l’intermédiaire des films de Peter Jackson. Le roman de Tolkien, reconnu auparavant uniquement par un groupe d'amateurs relativement restreint, s’est ainsi placé comme une œuvre majeure dans le monde de la littérature, favorisant l’implantation de la fantasy dans les mœurs des joueurs. Toujours dans la littérature, le carton du petit-sorcier-tout-gentil-qu’il-est-mignon (Harry Potter, pas Gargamel) a donné un coup de pouce non négligeable à Frodon et consorts.

Mais la véritable origine du phénomène se nomme Warcraft III. Arrivé au moment où la fantasy faisait gentiment son trou et, surtout, épaulé par une réalisation de maître, le jeu de Blizzard avait tout pour plaire et effectivement il a plu, et plait encore. A ceci s’ajoute un système de héros façon RPG qui a joué, mine de rien, un rôle assez important.

A sa sortie, le plus grand "choc" qu'a provoqué Warcraft III est sûrement son gameplay novateur, mélange de STR et de RPG, empruntant la gestion des héros, les artefacts, les sorts ou les personnages non joueurs (PNJ ou creep) aux jeux de rôles. Ces derniers sont depuis leurs débuts très attachés à la fantasy et le genre a toujours été roi dans la discipline. Il va donc de soi qu'en intégrant des éléments de RPG dans un STR, la "pillule" fantasy passe tout de suite bien mieux.

   

 Mais vouloir "faire passer de la fantasy" signifie justement que les développeurs se tournent vers ce genre spécifique. Alors pourquoi, mais oui, pourquoi donc la fantasy intéresse-t-elle subitement ces gentils développeurs qui ne pensent qu'à nous offrir des jeux de qualité?

L'offre et la demande répondrait un économiste. La gentillesse des développeurs qui ne pensent qu'à nous offrir des jeux de qualité riposterait le paragraphe du dessus, même si je porte peu de crédit à ses arguments.

Plus sérieusement, nous avons vu comment la fantasy s'est peu à peu démocratisée. Or les modes ont depuis la nuit des temps été victimes de surexploitation, d'un agrandissement maximal de leur domaine d'action. Ainsi, une fois la fantasy entrée dans le monde merveilleux du STR et avec un tel vent en poupe, les développeurs n'ont plus eu à se poser de questions.

Mais ne dramatisons pas la situation. Si le phénomène dure depuis si longtemps, c'est bien que les joueurs aiment ça. Et puis, il a quelques avantages indéniables. Par exemple les petits studios de développement qui n'espèrent rien de plus que de se frayer une place dans ce monde de brutes peuvent utiliser la fantasy comme tremplin pour faire remarquer leur jeu. Black Hole Entertainment, avec son Armies of Exigo, en est un bon exemple.

De plus, utiliser un monde imaginaire comme arrière-plan d'un STR permet de développer la créativité des concepteurs. Une campagne historique et le récit d'un héros qui lutte contre le mal ne demandent pas les mêmes efforts créatifs. Ceci dit, je ne prétends pas qu'une reconstitution fidèle de l'Histoire est une tâche aisée.

Malheureusement, les voies de la facilité sont impénétrables comme dirait un philosophe chinois du Vème siècle (à moins que ce soit mon voisin du Vème étage). Ainsi, on peut assister à une uniformisation des univers fantastiques des STR. Le schéma narratif reste sensiblement le même: une high-fantasy très tolkienienne mélangeant Hommes, Elfes, Nains, Orques, le tout dans une sauce plus que manichéenne. Pourtant ceci ne représente qu'une petite partie du catalogue fantastique. On pourrait par exemple citer Le Trône de Fer de GRR Martin qui reconstitue une civilisation moyenâgeuse avec luttes et guerres afin de conquérir la couronne, en utilisant seulement des Hommes ainsi que quelques éléments fantastiques. Et pourquoi, si les développeurs tiennent tant que ça à utiliser de la fantasy "basique", pourquoi ne créent-ils pas leur propre monde, original j'entends, avec des races sorties tout droit de leur imagination, une histoire travaillée, bref une expérience nouvelle.

Par ailleurs, un des grands atouts du genre est sous exploité. En effet, la fantasy, ce n’est pas seulement des héros qui se tapent dessus, c’est avant tout une certaine forme de poèsie, une ambiance envoûtante. Certains amateurs de littérature de l'imaginaire le savent et Tolkien ou Hobb l’ont très bien montré. De même, dans le monde du jeu vidéo, certains RPG, asiatiques notamment, ont prouvé qu’un jeu fantastique pouvait être ensorcelant. Alors pourquoi les STR devraient-ils en être exempts?

Mais le temps pourrait bien corriger cela. En effet, les joueurs ne sont pas non plus gogos à souhait et leur offrir toujours le même contenu à de quoi lasser. Pourtant la fantasy attire toujours autant et un filon aussi riche ne se lâche pas en claquant des doigts. Ainsi les concepteurs se creusent un peu plus la tête que fut un temps et on peut citer Bug Huge Games qui se penche du côté fantasy orientale pour une race de Rise of Legends ou encore GSC Game World qui annonce travailler durement sur le background (Histoire, géographie, légendes, cultures,...) de son prochain jeu, Heroes of Annihilated EmpiresFireglow nous prépare aussi un Stranger au bestiaire tout à fait original. 

   

 

Mais la fantasy colle-t-elle à la peau des STR basiques, tout comme les guerres modernes collent à la peau des SuddenStrike-like? Bref, le genre est-il solidement installé dans le monde du STR ou n'est-ce qu'un phénomène de mode parmi tant d'autres, tout comme les STR historiques qui dominaient le marché il y a quelque temps déjà?

Suffit-il d’un nouveau coup de tonnerre dans le monde du STR pour changer la donne? Si Supreme Commander rafle tout, allons nous vers une ère du STR futuriste? Et si c’est Age of Empires III qui remporte la mise, verra-t-on une remise au goût du jour des STR historiques? Ou bien le succès des STR fantastiques est-il dû à une réceptivité plus grande du public envers la fantasy et ceci grâce à des circonstances externes au monde du jeu de stratégie temps réel, telles que celles citées en début d'article?

Comme souvent dans le monde du jeu vidéo, le temps répondra à ces dernières questions. Personnellement, j'ai toujours été un fervent défenseur de la fantasy, mais je dois avouer qu'un renouvellement des idées en matière de gameplay et de background ne serait de trop, avant d'arriver à saturation. Malheureusement un marché si fertile n'est pas des plus faciles à arrêter.

 

 

¹ Avant toute chose, une définition de la fantasy serait la bienvenue. Souvent sujette aux préjugés, elle est bien plus étendue qu'on peut le penser à prime abord et une remise à zéro des idées reçues n'est pas de trop pour la lecture de cet article. Mais à la place de grossir des annexes déjà bien fournies, je vous recommande chaudement de lire ce dossier sur le site spécialisé Elbakin.net.

² Nous utiliserons dans cet article l’adjectif « fantastique » comme dérivant du nom « fantasy », bien que le genre fantastique soit différent de la fantasy, l’adjectif « fantaisiste » étant trop vague.

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