Un héros se meurt (suite)
Devant l‘inexorable fin qui les attendait, nombreux furent ceux qui s’ouvrèrent le ventre. Hercule voyait impuissant se suicider ses soldats, des hommes avec qui il avait combattu des hommes qui le vénéraient.
Ivre de colère, Hercule leva ses deux poings vers le ciel, et hurla :
- Athéna ! Ma sœur, sauve-nous ou tout est perdu ……..
Le ciel s’éclaira alors d’une lumière divine et chaque soldat encore vivant reçu la bénédiction d’Athéna. Le rétablissement fut miraculeux, les plaies furent lavées, soignées puis cicatrisées. Chacun retrouva ses forces, et une énergie nouvelle coulait désormais dans les veines.
Gandalf, Bugmaxxx et moi reprenions tout doucement connaissance, la grâce d’Athéna nous avait touché et par sa volonté nous étions à nouveau prêt aux combats.
Ce n’est plus une troupe affaiblie, par des semaines de combats épuisants, qui se regroupait. Mais une armée d’insoumis, plus farouche que jamais.
Les machines de guerre qu’ils étaient devenus n’avaient plus qu’un seul et unique but, tuer !
Depuis leur arrivé sur cette terre de désolation leurs existences s’étaient limitées à des combats perpétuels, une boucherie dont ils étaient sortis vainqueurs, souvent blessés mais jamais au point de ne pouvoir donner le dernier coup.
Ces hommes étaient des héros, leurs noms seraient oubliés pour la plus part mais ce qu’ils avaient accomplis ici serait salué par la mort elle-même. Nombreux seront ceux qui devront s’incliner lorsqu’ils pénètreront dans le royaume des morts, devant la mort, il n’existe plus de faux-semblant, seul les véritables héros peuvent franchir la terre des ombres en tout impunité, et rejoindre en vainqueur la terre des dieux.
L’armée qui se regroupa autour d’Hercule aurait vaincu les légions de Rome, elle aurait fait reculer les Cohortes de Troie, mais l’armée d’Hadès était invincible, incommensurable et rien ni personne ne pourrait l’arrêter.
Une nouvelle fois, les armes se levèrent, et une nouvelle fois c’est en hurlant notre rage que nous courrions au contact de nos ennemis.
Rare sont ceux qui ont survécu à cette charge héroïque. On parle de plus d’un millier mort, à l’instant ou les deux armées se rencontrèrent. Moi qui suis encore vivant je ne me rappele que d’un vacarme assourdissant, des hurlements et des râles et partout du sang, des rivières de sang…
Nous étions fous de nous dresser ainsi face aux légions d’Hadès, mais nous étions déterminés et la mort ne nous effrayait plus. On la côtoyait depuis trop longtemps à présent, elle était devenue au fil des mois de campagne une spectatrice attentive. Elle savait que nous travaillions pour elle, et nous étions désormais très efficaces.
Hercule frappait de toutes ses forces les Cyclopes qui avançaient inexorablement. Puis, devant nous, le sol s’ouvra. Un tunnel venait d’apparaître, la lumière rougeoyante qui en émanait ne présageait rien de bon, chacun leva son bouclier. La volé de pointes qui se planta dans nos boucliers nous prouva que nous avions raison, un passage vers les enfers venait d’être invoqué et c’est par dizaine que des Manticores en sortaient.
Tel un volcan, l’enfer vomissait ses troupes dans notre camp, par centaines les pointes acérer des Manticores pleuvaient autour de nous. Hercule était pétrifié, les larmes aux yeux il dit :
- Apollon, mon frère pourquoi ?
Puis il leva son épée et hurla ses ordres :
- Détruisez ce tunnel, coûte que coûte !
Et suivit de centaines d’Hoplite il se précipita sur le tunnel.
Le hasard des combats m’avait entraîné plus loin que prévu, et je ne pus participer à cette charge. Alors que je plantais mon épée dans le flanc d’un fantassin, une pointe de Manticore perfora mon bouclier et son planta à travers mon armure dans ma poitrine.
Sous le choc je pivotais sur moi-même et m’effondrais sur un cheval mort.
A moitié sonné, je restais ainsi étendu sur le sol. J’étais le spectateur muet de la défaite des troupes d’Hercule. Le carnage se déroula au ralentit sous mes yeux, par dizaine les hoplites étaient balayés. Hercule continuait à avancer, mais les troupes devant lui étaient innombrables et plus de la moitié des siens étaient déjà morts.
Je fus brusquement remis sur mes pieds, un Hoplite portant l’emblème de Spart se tenait devant moi. D’un geste sec il retira la pointe qui dépassait de mon armure et dit :
- Nous sommes vaincus mon ami (me présentant sa main il ajouta) je me présente, Azuric de Spart et toi quel est ton nom ?
Mon nom ?, je n’avais plus de nom ! Cet homme venait de réouvrir une blessure bien plus profonde que toutes les cicatrices qui couraient le long de mon corps. Devant moi je voyais deux tombes, les noms de ma femme et ma fille y étaient marqués. Je tombais à genoux, mon corps était vide depuis bien longtemps, aucune larme ne coulait de mes yeux, et pourtant je pleurais...